“If you’ve been hiding from love…”

La matinée s’était écoulée dans un flot de bruits lointains, de voix étouffées et de sentiments confus.

Perdue au fond de mon lit, je n’arrivais pas à émerger de cette sensation liquide qui m’enveloppait dans sa torpeur absente. Je restais là, sans pouvoir bouger, comme hors de mon corps, recroquevillée dans cette atmosphère aqueuse et irréelle des instants de demi-veille. Les vapeurs de souvenirs indistincts m’étourdissaient, je revoyais des images, je ressentais des frissons, avec ce vague-à-l’âme qui m’envahissait comme une marée, gênée par cette profonde incertitude : avais-je vraiment vécu, ou bien n’était-ce qu’une rêve, qu’une fantaisie si désirée qu’elle en devient presque réelle au toucher?

Et pourtant, je sentais encore ses mains effleurer ma peau, son parfum se mêler à mes cheveux, laisser ses traces sur mes joues, mes lèvres et mon coeur enivré. Ses reflets blonds m’éblouissaient et ses yeux, les yeux mystérieux d’une sirène… son regard de jade, lumineux et cruel, savait transpercer mes plus secrètes profondeurs, me laissait nue et désemparée, sans masque, sans voile, sans faux sourire: je me retrouvais exposée an pleine lumière, sous les rayons d’un amour flamboyant.

Et la voilà disparue. Dans les visions qui hantaient mes nuits, elle apparaissait toujours comme une image évanescente. J’avais beau étendre la main, l’effleurer du bout des doigts, l’appeler, la poursuivre, elle fuyait toujours. Impossible de la rejoindre. Ne restait d’elle que le désir fou de l’enserrer dans mes bras, désir d’autant plus fou qu’inassouvi.

Alors je lui ai dit adieu. Peut-être avais-je trop peur, au fond, de cette tempête qu’elle suscitait en moi. Une peur absurde, absurde, de voir mon âme dévorée dans une étreinte absolue. Nous étions comme deux aimants, s’attirant inexorablement, puis se repoussant sans pitié une fois proche l’une de l’autre…

Nous? Quelle illusion. Elle était une mer infinie, miroitante de tendresse, et j’étais le rocher sur lequel elle venait se briser. Deux entités à jamais distantes, à la recherche d’un ciel sans frontières, où les désirs s’ébattaient comme des chevaux sauvages refusant d’être domptés.

J’aimais sa démarche fluide et ondulante ; les amples ailes de son long manteau noir se déployaient au vent à chaque pas, l’enveloppaient, semblaient l’emporter au loin. Je l’attendais patiemment dans un petit pré encastré entre les bâtisses industrielles des laboratoires universitaires, à l’ombre des hautes tours en amiante, symbole d’une modernité dépassée. Je guettais son ombre sur l’asphalte, le bruit léger et soyeux de ses pas. Elle arrivait alors, absorbée dans ses pensées, ou bien roulant le tabac dans un mince feuillet. J’aimais sa manière de rouler ses cigarettes, la précision et la douceur de ses mouvements pour obtenir une forme parfaitement cylindrique. Mon coeur sursautait, mais je faisais semblant de ne pas la voir. Je m’efforçais de l’ignorer, et plus je la refoulais, plus elle envahissait mes pensées. Une voix étrange résonnait dans mon coeur, murmurant d’inconnus enchantements. Il me semblait qu’elle s’enroulait autour de moi comme un serpent irrésistible.

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